Ce 3eme opus d'Oxmo Puccino, sorti en 2004, marque un retour (pourtant il n'est jamais parti) du Black Jacques Brel pour le moins époustouflant !
Dès les premières mesures d'intro, où l'on retrouve encore le célèbre extrait du film « Mississpi Burning », on sait que cet album sera sous le signe de l'éclectisme et de la diversité.
Piste 2, les sens en haleine en découvrant cet album, et même en le réécoutant pour la énième fois... c'est le "Cactus de Sibérie", titre éponyme à l'album. L'instrumentale indique bien la valeur métaphorique du titre « Cactus de Sibérie », le contraste entre chaud et froid étant présent jusque dans les notes de la guitare de Gabor Szabo, auteur du sample ici utilisé par alsoprodby. Un texte tout en contraste disais-je donc, où oxmo se décrit comme un « Cactus de Sibérie », lui même ayant trouvé cette métaphore pour, entre autres selon lui, marqué le fait qu'il soit un enfant du Mali, pays chaud, débarquant à un jeune âge dans la capitale, choc des cultures, contrastes importants qui ont fait sa vie, tout est ainsi concentré dans le Cactus de Sibérie.
Puis vient un hymne au boycott des dancefloor avec « On danse pas », Oxmo traite là ironiquement un sujet controversé qu'est le « rap commercial » si on peut l'appeler comme ça. Il se décrit lui même comme « anti-commercial », une musique qui nous inciterait à bouger quelque peu sur la piste de danse, mais encore là, Oxmo nous met en garde en nous prévenant qu'il a « donné l'ordre de mordre ceux qui danseront sur ce morceau » .
Le single « Black Desperado » vient ensuite (presque logiquement) s'attarder à réjouir nos oreilles. On peut nettement dire que c'est une chanson « préformatées skyrock », il faut bien de nos jours, subvenir à nos besoins, mais là encore, Oxmo s'amuse avec notre cerveau car, dans ce morceau commercialisé, il vient encore parler de l'Etat critique du Rap Français, happé par le bizness. Toute l'ironie demeure donc dans ce personnage héroïque qu'incarne Oxmo, venu pour sauver le Rap Français qui est en de mauvaises mains.
On change totalement de sujet et d'atmosphère pour « La Nuit M'appelle ». Ce morceau a en effet une ambiance plutôt « froide ». Il compare la mort à la Nuit, et ainsi, de métaphores en personnifications, signe là un très beau texte sur les derniers jours d'une vie humaine.
Pour ceux qui n'auraient pas compris « le Laid » (cf L'Amour est Mort) vous comprendrez le Pèze, c'est ainsi qu'il résume « Mon pèze », 6ème morceau de l'album. Dans cette chanson, Oxmo parle d'argent (il en parle peu mais bien). Oxmo est assez direct et concret, loin de la poésie de « Le laid » sur son précédent opus, on voit là qu'oxmo désire toucher bien plus de personnes, il parle donc clairement, et emploie les mots les plus francs, aussi blessants peuvent-ils être.
Après deux ambiances plutôt « froides » le thermomètre reprend des couleurs en annonçant « Toucher L'Horizon », une chansons plutôt positive et gaie. A noter l'instrumentale, qui pour moi est sublime.
« Il faut savoir séduire pour s'introduire », voilà comment j'introduirais « Laisse moi fleurter » dixit Oxmo lui-même. Le jeu de mot dans le titre, entre Flirter et Fleurs n'est pas anodin. Sur une ambiance ponctuée de cuivres, ambiance assez « cosy », Oxmo avertit la gente féminine sur sa définition du Flirt. Il mêle poésie et sexe avec brio. (ex : "Au moment adéquat, différent, toujours est l'effet ; frôlons les étoiles sans que tu aies vu ma Tour Eiffel » ).
Suit un hymne à ses fans avec "Mes Fans" . Peu d'artistes rendent hommage à leurs fans en leurs consacrant une chanson entière sur leur album, Oxmo le fait. Etant fan, je prends bien entendu cette chanson pour moi, et j'avoue que ça fait plaisir. Mais le « fan-club » d'oxmo n'est pas fermé ! il le dit lui même : « Mon fan club suffit seulement d'aimer ce morceau pour y être ».
L'amour, l'amour, inlassable thème maints fois repris par notre Ox'. Il ne déloge pas à la règle de son « histoire d'amour qui se termine mal » avec « Nous aurions pu ». Il met ici en scène un homme écrivant une lettre de séparation à sa bien aimée, on sent quand même que des sentiments sont encore présents, mais préfère anticiper et stopper là. A noter la voix inimitable de K-reen au refrain.
Qui ne s'est jamais dit : « je suis « Arrivé sur Terre » par erreur » ? Dans cette chanson, où l'ambiance se refroidit (déjà depuis la chanson précédente d'ailleurs ), oxmo évoque ce sentiment, d'avoir l'impression d'être né par hasard, par erreur, lorsqu'on se sent exclus ou pas à la bonne place. Mais comme le dit si bien Maxime Le Forestier, « est-ce que les gens naissent égaux en droits, à l'endroit où il naissent ».
L'amour revient, cette fois-ci bel et bien mort, pour le titre « L'Amour est mort, mets... ». Le discours d'Oxmo ne change pas, pour lui l'amour est mort, et cela ne changera pas.
Un invité arrive alors (enfin ?!) pour le morceau « Un flingue et des roses » pour ne pas reprendre « Guns and Roses » de jay-Z. Cet invité répond au pseudonyme de Kool Shen. Kool Shen l'ayant invité sur « Dernier Round », oxmo a fait de même et l'a invité sur un morceau où le contraste (décidément, que de contrastes dans cet album ) règne. Entre violence et douceur, sentiment d'amour et de haine, ou tout simplement entre Flingue et Rose.
Ambiance Freestyle pour cet avant dernier morceau, « Parallèles ». Oxmo y parle du « ghetto », de son « ghetto », le 19ème arrondissement de Paris. Il emploie ici une belle image en décrivant les grands ensembles comme « tous en parallèles ».
Le dernier morceau est marqué par deux de ses acolytes, Le célèbre Bauza (célèbre backeurs sur la tournée d'oxmo) qu'on ne présente plus (sortie prochaine de son 1er solo) et Mam's Maniolo. "Warriorz" , ambiance de guerre pour un titre revendicatif ! On sent bien l'extrême mécontentement de la population mondiale aujourd'hui, chacun pensant être un warrior, vu que c'est le seul moyen de se faire entendre...
A noter la présence de Dieudonné sur cet Album.
